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  • Fabienne Zufferey-Corbaz

Les mondes

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Comme chaque enfant, je me suis appropriée le monde qui m’entourait avec les injonctions que j’ai reçues et les interprétations que j'en ai conclues.


Mon quartier avait quelque chose de rassurant, les familles se ressemblaient.

Quelques plus riches, quelques plus pauvres ne dérangeaient pas. La différence était intégrée, intègre même. Il n’y avait pas de sentiment d’injustice, il faut bien de la nuance pour se situer.

Tous pouvaient franchir le seuil de la boulangerie, de l’épicerie, on y consommait les mêmes produits. Parfois, le « carnet du lait » offrait un crédit, lorsqu’il fallait attendre la fin du mois.


Les cloches de l’église sonnaient pour tout le monde. Celles de midi demandaient aux enfants de rentrer chez eux, il était l’heure du repas. Celles du samedi soir invitaient à l’apéro, celles du dimanche matin rappelaient le jour du repos, le culte, ou simplement cet ancrage à la vie du quartier.


J’avais conscience du rythme, des habitudes, des volets qui se ferment et se rouvrent sur cette même rue qui nous appartenait.


Le monde se présentant plus largement, j’ai découvert la diversité, les ethnies, les territoires, les couleurs de peau, mais aussi la richesse indécente, la pauvreté irrecevable, le développement et la régression, la liberté et la soumission, le soleil qui brûle, la pluie qui ne trouve plus le chemin de la terre et qui se noie.


Et nous pensions discrètement que cela était le monde. Que nous pouvions et devions nous contenter d’un seul regard sur nos avantages.


Or, dans nos rues civilisées, les différences sont maintenant ailleurs. Nos baskets se soulèvent et se posent en cadence, et pourtant elles se mettent à choisir leur direction.


Plus grand que ce qu’on voit, plus fort que ce qu’on entend, il y a ce qui résonne au fond de soi, quelque chose qui désire profondément la Vie telle qu’elle nous a été confiée.

Quelque chose dans le respect de Sa Nature dont nous sommes les enfants.


Dans les villes qui rassemblent tant de personnes autour de mêmes gestes, je me demande souvent quelle est la réalité des uns et des autres? Où sont nos points de convergence?

Je parie que certains sont heureux, d’autres attendent de l’être, d’autres encore n’y pensent même plus.


Dans cette uniformité visuelle, les différences prennent leur source dans la question que nous posons.

Celle qui n’apparaît pas, en dépit de laquelle le monde nous donnera SA réponse.

Celle qui se présente sans remous, s’ajustant à la pluie et au beau temps, celle qui insiste et attend plus qu’une réponse: elle demande une autre histoire.


Les repères changent d’apparence.

La teinte du quartier ou de la ville ne suffit plus véritablement.

La question devient la page blanche.

On repense nos désirs profonds, on réécrit les journées, les saisons, nettoyées d’une évidence convenue.


Cette possibilité d’une liberté qui, elle aussi réécrit sa définition, se lit dans ce Savoir inné, immuablement présent en nous. Cette liberté-là ne peut être troublée et n’a besoin d’aucune opinion pour vivre.

Elle s’exprime naturellement chaque fois que dans ces mêmes rues, nous choisissons le maître intérieur que nous allons servir, la pensée que nous allons nourrir.


Un exercice d’attention où même l’humour trouve sa place.

D’un sourire bienveillant, il nous remet à jour.


Ce regard neuf, libre de toute empreinte qui procure tant de joie et de légèreté, n’est autre que la souche d’une société qui choisit son accomplissement.


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