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  • Fabienne Zufferey-Corbaz

Le coup de peigne

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De nombreuses années se sont échappées, une trentaine peut-être.

Dans un instant, je pousserai la porte, je chercherai ton visage, ton histoire qui s’est allongée, je retrouverai le passé qui t’a conduite jusqu’ici.


Une jeune fille discrète, sauf ton sourire qui occupait la première place.

Évidemment tu ne le voyais pas, toi qui ne te voyais pas.


« Trop ceci ou pas assez cela » se tenait droit devant toi, te rappelant ton espace encore confus et mal aisé. La timidité de ceux et celles qui gardent en eux le talent dont la mise en lumière n’autoriserait plus l’effacement.


Dans les vestiaires d’une salle de sport, ton allure se transformait lorsque tu sortais de ta poche le peigne qui, en un rien de temps, redonnait forme à ma chevelure fatiguée.

Le geste sûr, le regard précis, ton corps s’imprégnait de ton savoir et lui rendait son assurance.

Tes doigts d’artiste étaient façonnés pour créer.

Au cœur de tes nombreuses possibilités, tu as choisi le peigne en maître, les couleurs et le ciseau pour sujets.


J’observais la vulnérabilité côtoyer la maîtrise.


Quelques années se sont échafaudées sur le terrain de tes envies.

Tes études ont souligné ton art de styliser, de transformer, de créer, de gérer, d’enseigner. Tes perfectionnements se sont mis à ton service pour confirmer chacune de tes capacités.


Un matin, je t’ai vue entrer dans ton propre salon de coiffure.

Tu n’étais plus la jeune fille effacée, mais la jeune femme qui avait conquis l’affirmation.

Tu as posé tes yeux sur le planning, puis ton regard s’est tourné sur l’ensemble de cet espace de travail qui reflétait ton sens des responsabilités.

En un clin d’œil, tu avais pris connaissance de chaque cliente, de chaque membre de ton personnel. Ton regard circulaire et averti possédait ce contrôle ajusté qu’ont les entrepreneurs, les entreprenants.

Je ne sais pas si tu en étais fière, mais moi, je l’étais pour toi.


Le coup de peigne des vestiaires de la salle de sport s’était étendu à trois salons t’appartenant.

Tu te souviens certainement de cette jeune fille hésitante, qui, pourtant, savait ce qu’elle avait en elle.


Je n’oublie pas cette frange de ton histoire qui ne pouvait que te révéler.

Les soucis ont certes été de la partie. La réussite ne lisse pas les embûches, elle les dépasse.


Trente ans plus tard, j’ai à nouveau poussé la porte de ton salon sans savoir si tu y serais présente. J’ai reconnu ton même sourire, ton aisance à l’évaluation, tes doigts d’or qui connaissent le chemin, ton écoute enrichie d’une expérience humaine.


Depuis longtemps, ce sont tes clientes qui cherchent auprès de toi le mieux-être, le mieux-plaire et ton équipe qui s’inspire de tes facultés esthétiques et relationnelles.


Nicole, j’ai raconté maintes et maintes fois le parcours de cette jeune fille qui cherchait l’arrière-plan et qui s’est trouvée face à ses talents.


Tu me l’as dit : "La réussite, c’est se saisir de sa nature authentique".



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