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  • Fabienne Zufferey-Corbaz

L’antenne

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On l’a attendu avec enthousiasme et voilà que déjà, l’automne en prend le relais.

Il repose les corps énergétisés d’été, les peaux dorées d’une liberté dévêtue, et les yeux inondés de projets réalisés.

Il n’y a pas eu de souhait de départ estival dans mon esprit.

Tout était à portée de main, le calendrier s’était gonflé de réjouissances à venir, les rencontres allaient être fertiles et variées dans un horizon que je connais.


Pourtant, le ralentissement s’est imposé.


La montagne transpirait ses glaciers, la plaine se gavait d’un soleil inépuisable, inspirant la tranquillité, le retrait entre les murs qui peinaient à conserver leur fraîcheur.

D’autres conditions sont venues soutenir la tendance.

Ainsi, les projets se sont tus, comme si eux aussi temporisaient leur frénésie.

La palette de desseins avait réduit sa largesse, tout en me réservant quelques belles rencontres.


Entre celles-ci, des journées sans nom m’invitaient à la solitude que je savais saine.

Je ne la chassais pas, elle qui me demandait asile.

Elle portait en elle l’enseignement que je ne lui avais pas demandé, mais dont il était temps que je m’instruise.

J’obéissais donc à son injonction, même sous son revers mélancolique.

Le divertissement, prêt à m’épargner cet ennui, n’a pas trouvé refuge.

Il en aurait faussé l’expérience.


Je me souviens d’un départ en balade où mes chaussures collaient au sol, autant que mon esprit se sentait pesant.

Le renoncement m’eut été facile, si quelques flashs de joie n’avaient pas percé ma toile de fond grisaille. C’en était impressionnant!

J’observais ces parcelles lumineuses qui, au fil de l’eau du bisse, s’allongeaient, grandissaient, s’affirmaient, pour disparaître à nouveau sous mon ciel nuageux.


Dans ce même contexte d’eau mélodieuse et d’air pur, de forêt naturelle où les racines s’agrippent au sentier terreux, j’avais le sentiment que ni la tristesse ni la joie ne m’appartenaient. Aucun élément n’accréditait leur sollicitation et encore moins leur différence. Elles me traversaient, c’est tout!


J’étais l’antenne qui captait des fréquences différentes, sans même en avoir le choix.


Sans les caprices de ses deux émotions volages, je les aurais crues entièrement miennes. Sauf que nos sensibilités ne peuvent se soustraire à la soupe d’informations qui nous entoure. Chacune d’elles saisit l’ouverture qui lui permettra de s’ajuster à nos propres vibrations et ainsi, de s’y imprimer et de se développer.


Monsieur Schweizer, l’enseignant de ma petite enfance traverse souvent ma mémoire.

Son message est constant. Théorisé de bien des façons, plus adulte, sa simplicité demeure la plus puissante à mes yeux, puisqu’elle a pénétré la souplesse de mon mental encore peu encombré.


Monsieur Schweizer me disait que ma tête était comme un château entouré de créneaux. J’en étais la gardienne. Je devais être attentive à ce que je laissais entrer à l’intérieur.

Il faisait tout simplement allusion à la nature des pensées que j’entretenais.

Il m’apprenait la vigilance, le tri de toute forme d’énergie qui circule.

Il n’employait pas le mot « vibration », ni « fréquence », mais parlait de lumière ou d’ombre, comme on laisserait pénétrer chez soi, des amis ou des ennemis.

La qualité de nos émotions et de nos sentiments est en lien avec nos propres expériences certes, mais aussi avec ce que nous captons consciemment ou inconsciemment autour de nous. Plus nous y sommes attentifs, plus l’antenne que nous sommes cherchera les meilleures fréquences, limitant ainsi, le parasitage.


La leçon m’est toujours précieuse,

Choisir les hôtes de son mental et dépister les infiltrés.



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