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  • Fabienne Zufferey-Corbaz

Le sentiment de sécurité

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J’aime l’atmosphère du temps maussade qui invite au cocooning. Pour ce faire, j’ai placé les couvertures sur les bras des fauteuils, les coussins sur le canapé, ajouté quelques tapis au sol et accroché aux murs ce qui s’apparente à l’extérieur. Des arbres nus, des bambous qui plient sous l’agitation du vent et mon Grand-Duc dont le regard franc témoigne d’une grande sagesse. Il m’arrive de l’interroger… puis de recevoir sa réponse, toujours juste. 


Quand il fait froid dehors, il est essentiel de réchauffer l’intérieur. 


Il fait froid dans le monde, et plus il fait froid autour de nous, plus il nous est demandé de réchauffer nos cœurs et ceux des autres. Ensemble, ça donne un même feu.

Plus il y a de bûches qui l’animent, plus le feu est grand et plus sa chaleur se répand.

Qui sait quel gel lui sera réceptif?


Avant cela, j’ai choisi de nettoyer ma maison, celle qui m’abrite et celle qui m’habite. 

La différence est mince, celle qui m’abrite étant le petit miroir de celle qui m’habite.

Je débarrasse les impuretés, les déchets de ma maison en mur, afin qu’elle respire l’harmonie et la clarté.  

Dans la maison intérieure qui m’habite, j’entends les tourments d’un monde égaré, la souffrance jetée par ignorance, la peur qui étouffe l’espoir et gangrène la bienveillance. 

Je refuse de nourrir ce qui doit mourir, alors je nettoie mes ressentiments, et même si les événements me glacent, je réchauffe ma compassion pour tous, sans exception. 

Je visite la face cachée de mes émotions parce que c’est de cet endroit qu’elles prennent vie.  

Je nettoie chaque idée qui pourrait nourrir l’égrégore de la colère et de l’injustice, moteur d’un sentiment d’insécurité.


Je me souviens d’une personne qui souffrait du syndrome de Diogène. Son appartement était encombré du sol au plafond. Un domicile sans espace, sans liberté, un enfermement physique et mental. Cet homme avait construit la seule forme de sécurité qui lui était accessible : l’encombrement, l’envahissement, à l’image de son monde intérieur.

Aucun autre choix ne lui était possible.

Notre travail fut de l’encourager à se débarrasser chaque jour d’une toute petite partie de son asservissement, ne fussent que deux ou trois journaux. Un exercice titanesque pour cette personne et d’humanité pour notre équipe. Chaque espace libéré se transformait en opportunité. Chaque gain de place était une victoire pour tous, parce qu’accompagné de bienveillance.


La guérison de cet être ne se trouvait pas dans l’acte symbolique de se désencombrer, même si le geste demeure signifiant, mais davantage dans la nouvelle croyance à une vision plus vraie de la sécurité. 


Nous avons créé tant de formes de sécurité illusoires! 

Il est un temps pour la partialité, les révoltes, les jugements, les revanches, toutes ces tentatives de victoires stériles, sans sève, sans vie. 

Un temps pour balayer les croyances erronées, se détacher d’un pouvoir apparent, d’une puissance trompeuse qui masque son vide par une pseudo sécurité.


Il est un autre temps, celui d’aujourd’hui, qui réclame la sortie d’un engrenage dévastateur.

Un temps pour se réapproprier les valeurs d’une saine humanité.

Elle s’exprime ici et maintenant, du fond de soi.


J’ai bien aimé nettoyer ma maison extérieure et intérieure. 

L’usage de la serpillère qu’on qualifie de peu gratifiant, porte en lui un joli symbole si l’on veut bien lui accorder cette attention.


Chaque fois que des nettoyages seront au programme de ma conscience, je serai désireuse d’apporter ma bûche et d’alimenter la chaleur du foyer collectif.

Puisse-t-il poursuivre sa belle destinée! 


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